CEVIPOF - Centre de recherches politiques de Science Po - Unité mixte de recherches Sciences Po / CNRS n°7048

 

Les lignes de force de l’activité de recherche du CEVIPOF pour les années 2009-2012

Par Pascal Perrineau

A la suite d’une réflexion collective le CEVIPOF a dégagé les lignes de force autour desquelles son activité scientifique se déploiera dans les années qui viennent. Cette politique scientifique devra éclairer l’affectation des moyens lourds de recherche (crédits réservés, contrats, crédits de fonctionnement à caractère scientifique), contribuer à redéfinir les espaces de la recherche et l’appel à de nouveaux talents.
Le fruit de ce travail collectif a débouché sur deux axes principaux qui ne sont pas exclusifs des thèmes de recherche davantage individuels et tout aussi légitimes et des domaines que le CEVIPOF devra renforcer dans les années à venir (pensée politique, analyse des médias et plus largement de l’espace public, institutions):

1/ L’appréhension dans sa dimension temporelle de l’acte fondateur de la démocratie qu’est le vote.

2/ L’articulation entre philosophie politique et science positive du politique

Il y a là, pour nous, deux visages essentiels du politique aujourd’hui : le politique dans son fondement représentatif et le politique dans son fondement principiel.

Sur le premier point il s’agit de mieux comprendre les processus de décision électorale et leurs évolutions par l’articulation du temps long des socialisations politiques, du temps court des campagnes électorales et du temps ultime d’arbitrage entre plusieurs préférences pour décider d’un comportement. Il s’agit, au-delà d’un nouveau regard sur la sociologie de la décision électorale, de penser la mutation contemporaine de l’acte de vote qui tentait dans le passé de condenser les trois formes de la démocratie que Pierre Rosanvallon appelle la démocratie d’expression, la démocratie d’implication et la démocratie d’intervention et qui aujourd’hui n’y parvient plus de la même manière.

Pour le deuxième point, nous sommes partis du constat que tout se passe souvent comme si les sciences positives du politique étaient les seules en mesures de développer un point de vue réaliste opératoire sur le politique et comme si la théorie politique nous entretenait en retour du seul ciel des Idées. Eminemment explicable en termes d’histoire institutionnelle et de sociologie des disciplines, cet implicite n’est sans doute profitable à aucune des deux parties. On imagine mal en effet des sciences positives du politique qui seraient libres de toute élaboration conceptuelle préalable (théories implicites de l’action sociale, philosophies sociales typologisantes, philosophie de l’Etat et des institutions etc…). On a peine  a fortiori à percevoir ce que pourrait être une théorie politique qui ne repartirait pas de la « matière » même du politique, telle qu’elle s’est concrètement actualisée au fil des expériences politiques et sociales. L’histoire des sciences du politique en témoigne à l’envi : la question du meilleur régime (de ses principes fondateurs et des leviers empiriques les mettant en œuvre) n’a que très rarement été disjointe de celle des morphologies sociales, du fonctionnement concret des institutions et de l’économie des sentiments moraux. Le Cevipof en liaison avec d’autres institutions (le Centre de Recherches politiques Raymond Aron) entreprend de réinterroger cet implicite partage des tâches afin de rouvrir autour de divers objets (opinion publique, lien social…)  un espace de dialogue au sein des sciences politiques.

Ces deux axes de recherche nourrissent la réflexion collective engagée par la direction scientifique pour définir des projets transversaux qui constitueront l’identité intellectuelle de la recherche à Sciences Po. C’est autour d’eux que se redéfinira le paysage de la recherche à Sciences Po avec d’anciens et de nouveaux partenaires.

 

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